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N°2 octobre - novembre - décembre 2011
Internet et cybercriminalité
« Trois réseaux criminels qui proposaient à la vente des biens inexistants sur des sites comme eBay ont été démantelés aujourd'hui en Roumanie après avoir causé un préjudice d'environ 20 millions de dollars (14 millions d'euros) à un millier de victimes, a annoncé la justice roumaine ».
Cette dépêche AFP du 14 juillet cite un communiqué du parquet roumain spécialisé dans la lutte contre le crime organisé et le terrorisme (DIICOT, selon l'acronyme roumain) : « Entre 2009 et 2011, les inculpés ont induit et maintenu en erreur de nombreux acheteurs en ligne des plateformes de commerce électronique www.ebay.com et www.craiglist.org en postant des annonces fictives de biens inexistants (voitures, motos, produits électroniques...) ». Dans certains cas de ce trafic bien organisé, des voitures de luxe, des montres haut de gamme, et même des avions privés, des villas ou des yachts, tous purement fictifs ont été vendus aux clients des sites d'enchères en ligne. Une partie des informations personnelles de ces clients est obtenue par la technique du phishing.
Bien organisée, ce genre d'arnaque sur Internet n'en est pas à son coup d'essai. Les derniers faits incriminés portent d'ailleurs sur une durée de trois ans. Toujours selon le parquet de Bucarest, « les sommes payées par les acheteurs pour ces bien fictifs ont été collectées à l'étranger, principalement aux États-Unis puis transférées en Roumanie ». 117 perquisitions ont été effectués dans plusieurs villes roumaines dont Bucarest, Craiova, Timisoara, Ramnicu Valcea ou Pitesti. Quelque 90 personnes ont été arrêtées. Les charges de délit de fraude informatique et participation à un groupe criminel pèsent sur ces membres du réseau.
Les agissements de ces groupes de cybercriminels sont connus depuis au moins 2006, avec des victimes en Espagne, Italie, France, Nouvelle Zélande, Danemark, Suède, Allemagne, Autriche, Suisse, Canada et surtout États-Unis Grâce à l'emprise mondiale d'Internet, ces réseaux peuvent opérer dans n'importe quel pays. Lors d'opérations de démantèlement de réseaux en mars 2006, puis en avril 2007, le parquet de Bucarest a indiqué que les coups de filet ont été menés en collaboration avec des agents du FBI sur son sol ainsi que des officiers des services secrets de l'ambassade des États-Unis à Bucarest. Des spécialistes de la fraude informatique travaillant pour la société eBay, qui joue son image et sa crédibilité, font aussi partie des équipes d'investigation sur place.
En décembre 2007, des faits similaires ont été révélés par un coup de filet mené conjointement par les autorités roumaines et le FBI. La Roumanie est le pays européen « considéré comme une des principales plateformes mondiales des arnaques sur les sites d'enchères », explique alors le quotidien gratuit 20mn. « Lors d'une visite à Bucarest en novembre 2006, le directeur du FBI, Robert Mueller, déclarait que la vaste majorité des fraudes commises sur l'Internet sur le site américain majeur des ventes aux enchères en ligne étaient liées à la Roumanie ou à des Roumains », note le Los Angeles Times du 26 décembre 2007.
Une des spécialités de ces réseaux est « l'enchère de la deuxième chance ». Le modus operandi est simple. Il faut d'abord repérer des utilisateurs d'eBay qui viennent de rater l'enchère ultime qui leur aurait permis d'acheter l'objet ou le produit pour lequel ils ont renchéri. Une foi connu nom de l'utilisateur, et son adresse électronique, les fraudeurs lui font directement une proposition pour le même produit moyennant un prix calqué sur l'enchère que ce client avait misé pour acquérir ce bien. Ne reste plus qu'à organiser le paiement cette fois-ci sans passer par le site d'enchères en ligne, mais directement aux arnaqueurs.
Un autre standard de ces arnaques commence par l'obtention frauduleuse de données informatiques personnelles, en usant de techniques de phishing, afin d'usurper ses identités et lancer des enchères sur des biens imaginaires. Des biens qui une fois commandés, ne parviennent jamais à ceux qui ont cru à l'offre.
Les réseaux sont bien structurés avec des taches bien définies pour chaque maillon, correspondance par mails avec les clients ciblés, falsification de cartes de crédit, création de faux sites internet (y compris de faux sites eBay) pour endormir la méfiance des « pigeons » usagers des sites d'achat en ligne : « Leurs organisations sont très compartimentées avec un nombre important d'intermédiaires, explique un agent spécial du FBI spécialisé dans la lutte contre ce type de fraudes en Roumanie. Chacun est spécialisé dans une tâche bien précise et communique avec les autres de manière à ne pas se faire prendre », relate 20mn du 26 décembre 2007
Même épisode six mois plus tard, une opération commune FBI-police roumaine permet de nouvelles arrestations. Selon le parquet de Bucarest, « les membres du réseau auraient envoyé sur des sites spécialisés dans le commerce électronique, eBay, Equine et Craigslist, des annonces de mise en vente pour des objets qu'ils ne possédaient pas, persuadant des internautes américains de les acheter aux enchères. Pour publier leurs offres sur les sites mentionnés, les suspects auraient utilisé des données appartenant à d'autres personnes », relate une dépêche AFP du 15 juillet 2008,
N°2 octobre - novembre - décembre 2011
Droit et politiques pénales
La confiscation de biens appartenant à la mafia, une mesure originale développée par la justice italienne. A effets pratiques, et symboliques. Exemples récents
Fin juin 2010, et début juillet, la justice italienne et la police anti mafia ont multiplié les saisies des biens immobiliers, des usines, 17 restaurants, bars ou pizzerias, mais aussi des comptes bancaires, appartenant à des responsable de la mafia. Parmi les avoirs saisis, un terrain qui devait être affecté à la réalisation d'une unité de production de combustible à partir de déchets ménagers. Ces biens étaient contrôlés par un membre du clan mafieux des Pagnozzi, relevant de la mafia napolitaine, la Camorra.
N°2 octobre - novembre - décembre 2011
Trafic de biens, d'animaux et atteintes à l'environnement
Plusieurs procès récents révèlent la persistance d'un trafic du bois, à l'intérieur même du Maroc, trafic lié à des coupes illégales de ces arbres classés espèce protégée.
Selon des estimations officielles, quelque 2 500 hectares de forêt de cèdres disparaissent tous les dans le Moyen Atlas. Ni les quelques saisies et arrestations opérées par les fonctionnaires des Eaux et forêts, ni les procès occasionnant des peines de prison ferme et des amendes ne parviennent pas à endiguer le trafic.
« Ils nous dépassent de loin. Ils ont tous les moyens : scies électriques, portables, ils recrutent des personnes qui connaissent l'environnement forestier et parfois de véritables criminels. De plus ils sont mieux motivés. Ce n'est pas avec des discours qu'on luttera contre ce fléau », concède en 2008 un garde-forestier de la région de Khénifra, cité par le quotidien de Casablanca Libération.
« Les opérations de coupe de bois illicites se font d'une façon très organisée au niveau de la coordination et du suivi de la mobilité des éléments du Haut Commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification, en passant par les coupes et sciage du bois en forêt et son transport à dos de mulets vers d'autres provinces limitrophes et, de là, vers de grandes villes comme Rabat, Fès Marrakech », détaille un article de Maroc News.
Les trafiquants ont recours à la violence pour protéger leurs activités. En mai 2006, un casque bleu marocain a été tué par un camion forçant un barrage à l'entrée d'un village à 30 km de Bouaké, dans le cadre de lutte contre la contrebande du bois de cèdre. En témoigne aussi l'agression de huit gardes forestiers de la commune d'Agdir fin mai 2009. Dans cette zone montagneuse du Moyen-Atlas, le pillage du bois est une activité lucrative. Les bucherons agissent vite : « Ils abattent en quatre minutes des cèdres vieux de deux, cinq, voire huit siècles et pouvant atteindre 50 mètres de haut et 700 centimètres de circonférence », explique un article de Maroc Hebdo.
En 2010, l'activisme d'un militant, Mohamed Attaoui, président de l'association Tounfite (Avenir pour le cèdre et le mouflon), par ailleurs correspondant du journal arabophone Al-Monataf, lui a valu de comparaître devant la justice, suite à un coup monté de toutes pièces pour le piéger, comme le relate l'hebdomadaire Tel Quel. « En première ligne, Attaoui. Ce n'est pas la première fois qu'il s'expose ainsi. Symbole de la résistance contre l'abattage illégal et la corruption dans la région, voilà des années qu'il dénonce l'épuisement des richesses forestières. C'est d'autant plus difficile qu'il est fonctionnaire communal (en tant que technicien arboricole spécialisé) : il lui est arrivé plusieurs fois de ne pas être payé pendant des mois... », ajoute l'hebdomadaire.
Certains membres de ce que les Marocains appellent « la mafia du cèdre » masquent même leurs activités sous couvert d'association de lutte pour la défense de la nature : « Un chef de file d'une mafia du cèdre prénommé H.M, très connu dans la région de Senoual où il préside l'Association Dadda Moussa de protection et de gestion des ressource naturelles, a été arrêté en flagrant délit en compagnie de quatre autres complices le 3 juin 2001 », note le quotidien de Casablanca Libération.
Dans la région de Khénifra, au Maroc, le cèdre de l'Atlas, alias Cedrus Atlantica pour les botanistes, est un symbole. L'espèce est protégée, mais la demande est forte sur un marché clandestin.
Essence noble, le bois de cèdre se travaille facilement. Il est à l'abri des vers et des insectes. On l'utilise traditionnellement comme comme bois d'œuvre en menuiserie pour fabriquer des meubles ouvragés, ornés de gravure, de sculptures, voire de peintures. Le cèdre est aussi prisé dans le bâtiment, pour la construction de maisons mais aussi dans l'industrie.
N°2 octobre - novembre - décembre 2011
Trafic de biens, d'animaux et atteintes à l'environnement
La France, a l'abri des mafias ? Cette idée reçue trouve souvent un démenti.
Cette fois, un petit trafic de matériel, groupes électrogènes, pompes à eaux, débroussailleuses, tronçonneuses, postes à souder, marteaux piqueurs, véhicules de fonctions. Ce démarchage à domicile se faisait sous couvert de sociétés fictives à la fois pour abuser et rassurer le client. Lieu d'opération de l'équipe: les campagnes françaises, Midi-Pyrénées, Bretagne, Région Lyonnaise, Sud Ouest, que l'équipe arpentait pour fourguer ce matériel fabriqué en Chine, souvent défectueux, en donc dangereux.
Le modus operandi des "outilleurs napolitains", parfois dénommés "outilleurs italiens" est connu des services d'enquêtes depuis quelques années.
N°2 octobre - novembre - décembre 2011
Drogues illicites et médicaments
Après les go fast, les narco trafiquants ont construit des sous marins, d'abord semi submersibles, affleurant à la surface de l'eau, puis des engins capables de plonger à une dizaine de mètres sous l'eau.
Selon Alexander Schmidt, chef de la division Afrique de l'ouest à l'ONUCD, l'Office des Nations-Unies pour les crimes relatifs à la drogue, les saisies de cocaïne sont en baisse en Afrique de l'Ouest. Ce qui ne veut pas dire que le trafic a baissé, mais qu'il tombe moins dans les mailles du filet. « Cela signifie qu'il y a un repositionnement des routes de la drogue et que les trafiquants de drogue disposent de moyens de plus en plus sophistiqués, et qu'ils utilisent plus d'itinéraires », a-t-il analysé en juin 2011, en marge d'une conférence de presse du Bureau des Nations unies en Afrique de l'Ouest (Unowa) à Dakar.
Même si aucune saisie ne l'atteste, le responsable onusien soupçonne les narco-trafiquants d'utiliser sur les côtes africaines des sous-marins légers, du type de ceux qui opèrent déjà au large des côtes de l'Amérique du sud et de la Caraïbe.





